Le schéma départemental des actions éducatives et des services aux familles

Rapport du groupe de travail sur la parentalité : accompagner les parents dans leur travail éducatif et de soins

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Ce rapport aborde la question de l’accompagnement des parents dans leur travail éducatif et de soins en privilégiant une série de questions et de débats pour ouvrir sur un certain nombre de perspectives et de pistes de réflexions.

Plusieurs questions ont guidé l’élaboration du rapport :

  • Que recouvre précisément aujourd’hui la fonction parentale ?
  • Comment prendre au mieux en compte le fait que cette fonction s’accomplit généralement dans le cadre de pratiques de soin quotidiennes, elles-mêmes dépendantes des conditions matérielles des parents ?
  • Est-il du rôle de la politique familiale d’intervenir sur les parents et leurs conduites ?
  • Peut-on / doit-on et surtout à quelles conditions soutenir / accompagner les parents, voire les éduquer dans leur tâche socialisatrice ?
  • Quel est le problème principal (ou quels sont les problèmes principaux) auquel (auxquels) une politique d’accompagnement des parents tente de répondre ? Peut-on parler de « parents » sans les différencier en tant que mère et père ? Quel(s) rôle(s) jouent en la matière les savoirs sur l’enfance et sur les liens parents/enfants ? Par ailleurs, que savons-nous des attentes ou des demandes des parents ? Qu’attendent-ils comme soutiens ? Et vers qui adressent-ils leurs demandes, si demande il y a ? Ces demandes sont-elles homogènes, ou socialement situées ? Quelle est l’offre de conseils aux parents et quelle part de cette offre relève des pouvoirs publics ?

 

  • La politique de soutien à la parentalité : objectifs, gouvernance et attentes des parents
    Des objectifs de la politique d’accompagnement à la parentalité en quête de cohérence.
    La création de dispositifs de soutien à la parentalité depuis les années 1990 conduit à questionner la politique familiale traditionnellement tournée vers les familles et vers l’enfance, voire la petite enfance. Passe-t-on pour autant d’une politique centrée sur la famille et la petite enfance à une politique centrée sur la parentalité (un parentalisme) ? Deux évolutions majeures pourraient expliquer une telle évolution : l’individualisation des logiques de gestion sociale, d’une part, et les politiques de responsabilisation croissante des individus, d’autre part. Cette évolution signe le passage du modèle de l’aide (caractéristique de l’action sociale traditionnelle, et qui perdure pour les situations les plus “difficiles”) au modèle du soutien et de l’accompagnement (qui met en avant les capacités-compétences des acteurs, en même temps qu’il les responsabilise). Une autre raison de ces évolutions renvoie à la prise en compte des relations entre les parents et leurs enfants, jusqu’à leur entrée à l’âge adulte, repoussant les bornes habituelles de l’enfance prise en considération par la branche famille de la sécurité sociale. Cette évolution du champ de la politique familiale révèle aussi un distinguo entre la politique d’accueil de la petite enfance qui pose la question d’un partage de rôle entre les parents et les services professionnalisés (remplacer les parents sur certaines plages de temps), et la politique qui vise plutôt non pas à les remplacer mais à les éduquer (former les parent).
    L’accompagnement à la parentalité est multiforme et renvoie à une grande hétérogénéité d’actions : favoriser la qualité du lien d’attachement parents-enfants, prévenir la rupture du
    lien familial, apporter un appui aux parents par la création et le renforcement des liens sociaux, renforcer le lien entre les familles et l’école. De fait, le périmètre de cette politique est relativement flou. Les frontières sont poreuses avec la politique petite enfance, mais également avec des politiques qui mobilisent d’autres acteurs que la branche Famille : la protection de l’enfance, l’éducation, les droits de l’enfant ou encore la promotion et l’éducation à la santé. Le soutien à la parentalité mobilise l’Etat, les Caf mais aussi les Conseils départementaux à travers la PMI et l’aide sociale à l’enfance, la politique de la ville, l’Education nationale, etc. En outre, la plupart des actions sont plutôt portées par le secteur associatif.
    Cette politique n’apparaît pas suffisamment cohérente tant les objectifs et principes qui l’animent ne sont pas clairement définis, malgré les efforts déjà réalisés. Ainsi, il s’agit à la fois d’une politique pour toutes les familles – donc universelle – sachant qu’il existe une grande diversité de situations et de configurations familiales. Mais on constate aussi que certains dispositifs sont implicitement ciblés et visent, par exemple, principalement la parentalité au moment de la séparation, ou de façon implicite des familles dites « vulnérables » (familles monoparentales, familles issues de l’immigration…). On perçoit aussi la nécessité de préciser si cette « politique » vise principalement les parents et/ou les enfants, ou leur interaction, dans l’objectif d’améliorer leur bien-être respectif. Se pose également la question de regrouper sous un même intitulé un ensemble d’interventions qui concernent différents âges de l’enfant et du jeune (du bébé au jeune adulte), et donc différentes préoccupations parentales.
    La comparaison avec d’autres pays européens fait apparaître différents périmètres de cette politique. Il n’est pas rare d’articuler cette politique avec celle de la petite enfance. Certains pays (Suède et Allemagne) privilégient les enjeux de santé publique. Dans d’autrers pays que la France, la médiation familiale ne fait pas partie des dispositifs d’accompagnement à la parentalité. En outre, dans plusieurs autres pays européens, ce sont principalement des programmes prédéfinis « clés en mains » et « fondés sur des preuves » qui cherchent à agir sur les compétences parentales.

 

  • Un écart entre les besoins des parents et les dispositifs proposés
    Les attentes et besoins des parents en matière d’accompagnement à la parentalité sont peu connus au-delà de quelques travaux qualitatifs. Les dispositifs qui ont été créés ne reposent pas en premier lieu sur une volonté de répondre à des besoins exprimés par les parents eux-mêmes mais plutôt sur une volonté des pouvoirs publics de répondre à des questions sociales, voire sociétales. Aussi une première enquête quantitative nationale a été réalisée sur ce sujet par la Cnaf, laquelle a été complétée, dans le cadre du rapport, par la mobilisation des études sur les forums de parents sur Internet afin de mieux saisir la transmission de savoirs profanes en matière de parentalité.
    Les résultats de l’enquête soulignent que près d’un parent sur deux considère l’exercice de son rôle comme difficile. Ces difficultés se retrouvent également exprimées dans la multiplicité des forums sur Internet. Quelques différences sont a priori à noter dans l’expression des difficultés. Les pères jugent l’exercice du rôle de parent plus facile que les mères. Ils sont aussi plus nombreux à ne déclarer aucune difficulté avec leurs enfants. On peut noter à cet égard que les forums sur Internet sont plutôt alimentés par des mères.
    Par ailleurs, dans certaines configurations familiales le sentiment de difficultés est plus fort. C’est le cas chez les familles monoparentales actives, les familles nombreuses comptant quatre enfants et plus et les familles d’enfant(s) en situation de handicap. Les parents de jeunes enfants, sans rencontrer plus de difficultés que les autres, sont davantage préoccupés que les autres parents et expriment un besoin de réassurance. En revanche, la tranche d’âge qui préoccupe le plus est l’adolescence, et ce, peu importe l’âge de l’enfant de l’enquêté. Or, nous ne disposons pas de données fiables pour savoir quels sont les tranches d’âge touchées par les actions proposées par les Reaap, mais les premières remontées qui sont en cours d’exploitation semblent confirmer qu’il y a peu d’actions à destination des parents d’adolescents. L’évaluation des Clas avait également mis en lumière que ce sont les élèves de primaire qui sont surtout présents dans le dispositif.
    Les principales préoccupations, mais également difficultés, des parents portent sur la santé des (jeunes) enfants (alimentation, sommeil, maladie…) et surtout sur leur scolarité (réussite, orientation, devoirs à la maison…). Le comportement des enfants (politesse, fréquentations…), les risques de violences verbales ou physiques, mais aussi la relation avec les enfants et les conduites à risque sont aussi des aspects qui préoccupent fortement plus de la moitié des parents. Les nouvelles technologies constituent, pour leur part, une difficulté concrète dans la vie des parents avec leurs enfants, plus qu’un motif d’inquiétude majeure.
    Dans le cadre de l’enquête, lorsqu’ils rencontrent des difficultés ou se questionnent, la plupart des parents déclare solliciter les membres de leur famille et/ou d’autres parents (amis, parents d’élèves…). Ils sollicitent également beaucoup les professionnels de santé (médecins généralistes, pédiatres, psychiatres, nutritionnistes…). Près de la moitié des parents consulte Internet. La même proportion s’adresse à des professionnels de l’éducation (enseignants, CPE…). Les parents sont, par ailleurs, peu nombreux à déclarer avoir fréquenté un lieu proposant un appui aux parents, un accueil, de l’écoute ou des informations pour les parents.
    Les parents attendent des actions d’accompagnement à la parentalité qu’elles permettent de trouver des réponses concrètes et rapides aux problèmes pratiques qu’ils rencontrent, sans leur demander d’entrer dans une démarche qui demande un fort investissement ou qui soit plus susceptible de questionner leur exercice de la fonction parentale. Ils sont demandeurs de solutions personnalisées et ponctuelles. L’usage d’internet conduit aussi à rechercher des réponses rapides.
    L’analyse des forums internet donne des éléments plus qualitatifs sur ce que les difficultés rencontrées renvoient en termes d’image des parents. Les discussions au sein des forums montrent à la fois l’importance du poids social d’être un « bon parent », les prescriptions, la culpabilité de « mal gérer », de « ne pas être à la hauteur » et le besoin de réassurance. Les forums se font toutefois l’écho d’un public féminin issu des catégories moyennes et supérieures, ce qui contribue à alimenter des normes parentales produites par ces mêmes catégories sociales s’imposant à l’ensemble des parents. La question des parents défavorisés et de leurs demandes reste de fait encore posée. Les difficultés et les attentes qu’ils expriment à travers l’enquête ne se distinguent cependant pas fortement de celles des autres parents.
    La tendance dominante est moins celle de parents désengagés, irresponsables, que de parents soucieux, inquiets, ayant le sentiment de ne pas faire correctement leur travail parental, de ne pas être en mesure d’atteindre les objectifs qui sont les leurs, comme celui précisément de faire leur maximum pour améliorer le bien-être de leur progéniture.

 

  • Positionnement des professionnel.le.s et évaluation des actions
    Des savoirs dominés par le champ psychanalytique
    Le rapport s’intéresse à l’évolution des savoirs sur les liens parents-parents qui peuvent permettre de mieux appréhender les cultures des professionnel.le.s intervenants auprès des parents et les débats qui peuvent les agiter. En effet, les savoirs sont utilisés pour comprendre ce qui se passe au sein des familles et repérer des symptômes traduisant d’éventuels dysfonctionnements.
    Le lien parent-enfant, la place, le rôle et la fonction des deux parents a été, et demeure, en France, dominé par le champ psychanalytique. C’est une spécificité française qui ne se pose pas dans les mêmes termes ailleurs, ni avec les mêmes auteurs de référence (Freud, Klein, Winnicott Mahler). Ces dernières années, les neurosciences ont aussi été mobilisées à propos du développement du cerveau de l’enfant.
    La théorie de l’attachement maternel de Bowlby continue d’être une référence pour les professionnels. Selon Bowlby, il existe une double fonction de la mère, de protection et de socialisation. Cette théorie implique une disponibilité et une accessibilité de la mère pour le jeune enfant qui peut conduire à cibler les actions auprès des mères, bien qu’à l’heure actuelle la théorie de l’attachement reconnaît les pluri-attachements (au père, à une professionnelle, ou à une personne significative de l’entourage).
    La différenciation des fonctions parentales entre les mères et les pères, reposant sur des fonctions sociales différentes, a été structurante dans l’évolution des savoirs psychanalytiques. Jusqu’aux années 1970 a prévalu l’importance accordée à la valence maternelle comme étant le principal et le premier objet pour l’enfant qu’il s’agisse de “Relation au père” (Freud), de “Métaphore paternelle” (Lacan), de “Préoccupation maternelle primaire” (Winnicott), de « Relation objectale » (Spitz), ou encore de “Symbiose maternelle” (Mahler), de « Monotropie » (Bowlby) et d’ « instance organisatrice du moi » (Wallon). Le père assure un rôle davantage symbolique, notamment d’autorité, et son rôle est alors perçu comme n’étant pas central dans la prime enfance mais arrive bien plus tard. La rupture historique date des années 1970, et répond à deux changements : prise en compte des compétences du père avec l’apparition du “nouveau père”, et l’appréhension du bébé comme sujet, doué de compétences affectives, cognitives et sociales.
    Les modèles d’interventions des professionnels ont également connu des évolutions correspondant à des périodes historiques précises. Le premier modèle dit « intégratif normatif » débute dès le décret du 30 octobre 1935 qui postule que les difficultés parentales ont une cause : « les parents ont manqué d’expérience et de savoir-faire ». Les parents sont donc à éduquer et les professionnels sont détenteurs d’une expérience, d’un savoir-faire qu’ils vont devoir transmettre en se proposant comme « modèle d’identification ». La relation entre l’aidant et l’aidé était clairement dissymétrique, l’éducateur étant dans un rapport pédagogique classique hiérarchisé. Ce modèle très controversé dans les années 1970 va permettre l’avènement du second modèle dit de « l’émancipation, psychodynamique et mise à l’écoute du sujet ». Désormais, l’éducateur est dans une posture d’écoute, travaillant à ce que le parent, explore sa biographie, les liens affectifs dans son passé, ou les arcanes des systèmes familiaux. La référence à la psychanalyse est mobilisée par une relation d’aide non-directive. Ce modèle sera concurrencé ou complété par un troisième modèle qui rend compte de l’évolution de la société et de la crainte de la dilution du lien social, celui de la « reconnaissance, fondée sur une psychologie du lien et un étayage relationnel de la personne ». Désormais il s’agit de valoriser la personne et de créer les conditions de sa réussite en l’incitant à se saisir des opportunités qui lui sont offertes. Il s’agit moins de rechercher la conversion de l’individu (second modèle) que d’éviter son décrochage, la perte des liens sociaux. A ces trois modèles encore enchevêtrés aujourd’hui, s’ajoute un quatrième modèle qui percute les habitudes des professionnels. Il s’agit du modèle de l’injonction à l’autonomie et à l’empowerment où le parent doit se positionner dans un projet et se donner les moyens de construire celui-ci.

 

  •  Des dispositifs particulièrement difficiles à évaluer
    Un certain nombre d’évaluations qualitatives ont déjà été conduites en France. La politique de soutien à la parentalité fait déjà l’objet d’un certain nombre d’évaluations, départementales ou nationales. Celles-ci portent souvent avant tout sur la gouvernance locale de la politique (notamment en lien avec les différentes évolutions des instances : Comités départementaux de soutien à la parentalité, et désormais instances des Schémas départementaux des services aux familles) et traitent également de la répartition territoriale des actions au regard des besoins identifiés. En revanche, l’évaluation des effets et de l’efficience de la politique de soutien à la parentalité ou des dispositifs qui la composent, est plus difficile à appréhender. La grande hétérogénéité intrinsèque aux dispositifs de soutien à la parentalité en France empêche « une vision unifiée et standardisée.
    Le rapport a été l’occasion de regarder ce qui se passe notamment à l’étranger. Ainsi, la France ne s’est pas encore vraiment engagée dans le recours à des programmes standardisés, les evidence-based practices (EBP) utilisant la méthodologie des « randomized controlled trials » (RCT), qui sont déjà mis en oeuvre dans de nombreux pays, européens et non-européens.
    L’exemple le plus connu, basé sur l’evidence-based, est Triple P, un programme d’origine australienne, qui promet aux gouvernements qui l’achètent que leur investissement sera rentabilisé par la réduction des frais d’aide à la jeunesse, de prise en charge de la délinquance, des problèmes de scolarisation de la jeunesse, etc. Le programme est utilisé entre autres aux Etats-Unis, au Canada, en Allemagne, aux Pays Bas, en Suisse, en Belgique et, depuis peu, de manière expérimentale, en France.
    Les controverses suscitées par ces programmes permettent de réfléchir aux limites d’une telle approche dans le champ de la parentalité. Une politique « evidence based » peut entrainer, en effet, des problèmes méthodologiques, éthiques et politiques, difficilement surmontables en matière de soutien à la parentalité : exclure les « cas » qui présentent des conditions exceptionnelles, faire abstraction des différences à l’intérieur de chaque groupe (contexte, mise en oeuvre, profils des bénéficiaires et des intervenants…).

 

  • Rôles, normes et engagements parentaux
    Des compétences (savoirs faire) à l’investissement parental (savoir être)
    La notion de compétence parentale a émergé lors de la Conférence de la famille qui s’est tenue le 12 juin 1998 en posant l’enjeu de conforter les parents dans l’exercice de leurs responsabilités. En effet, dans des textes politiques, mais également scientifiques, il est supposé qu’un manque de soins parentaux influencerait le développement de l’enfant, son devenir adulte et même sa place dans le marché du travail. Deux éléments de réflexion générale sur la notion de compétence méritent néanmoins attention : une compétence est un potentiel d’action susceptible d’aboutir à la réussite d’un acte ; la compétence est également l’expression d’un groupe d’individus qui fixent les critères d’acceptabilité de ce qu’est ou non une personne compétente en fonction de leurs propres critères.
    Si le soutien à la parentalité tend, au niveau européen et dans une perspective d’investissement social, à renforcer les compétences des parents, il n’en demeure pas moins qu’une réflexion sur cette notion de compétence parentale peut être menée avant de la promouvoir. L’intégration centralement de la notion de compétence, tels quel le montrent les recherches menées à l’étranger, conduit la parentalité à être envisagée de plus en plus comme une affaire technique, dont l’apprentissage peut être généralisé ou uniformisé, et moins comme une relation personnelle qui – par définition – ne peut être définie par des critères techniques. Or, la question de la relation parents-enfants est une problématique qui questionne particulièrement en France. En effet, elle se distingue au sein de l’OCDE. Les proportions observées de bonne communication entre les adolescents et leurs parents sont parmi les plus basses dans l’ensemble des pays ayant participé à l’enquête HBSC (Health Behaviour in Scholl-aged Children) de l’OMS, et ce phénomène est encore plus marqué pour les filles.
    Par ailleurs, le lien entre appartenance à une famille défavorisée et moindre chance de réussite scolaire et donc reproduction des inégalités est également mis en avant par les travaux sur l’investissement social. La France dispose d’un mauvais classement dans l’enquête Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) qui pointe l’importance des inégalités sociales dans la construction des inégalités scolaires. Or, pour lutter contre les inégalités sociales et scolaires, de nombreux travaux, notamment à l’étranger, montrent que l’engagement des parents est déterminant dans tous les milieux sociaux pour la réussite des enfants. Il repose sur la qualité des relations et du dialogue entre parents et enfants. Ainsi, une hypothèse posée est qu’en France l’engagement parental est principalement orienté sur la seule performance à l’école – généré en grande partie par l’institution scolaire elle-même, créant des tensions ce qui pourrait expliquer à la fois un dialogue amoindri et une sous-performance dans les apprentissages.
    Le soutien à la parentalité repose bien souvent sur le manque ou l’absence d’engagement parental auprès des enfants. Or, les travaux menés à l’étranger interrogent également ce qui est qualifié d’intensive parenting (soutien intensif) afin de souligner ce que le trop pouvait générer de négatif dans le travail de socialisation (les « parents hélicoptères »).

 

  • Des impensés normatifs : le genre et l’interculturel  Le rapport met en lumière des questionnements oubliés ou neutralisés des problématiques posées par les politiques d’accompagnement à la parentalité et qui sont relatifs à des publics « invisibilisés ». Les politiques d’accompagnement à la parentalité se veulent à destination des deux parents (mères et pères) et universelles (ensemble des parents). Le rapport interroge les travaux qui traitent du genre dans la fonction éducative ainsi que de la dimension interculturelle, plus spécifiquement dans les populations maghrébines.
    La notion de parentalité dénaturalise les rôles parentaux en présupposant l’acquisition de compétences parentales et promeut la coparentalité (les deux parents sont également responsables du devenir de leur enfant et de son bien-être). Cependant, l’asymétrie des positionnements des mères et des pères dans la parentalité, c’est-à-dire la division sexuelle du travail parental n’est pas ou très insuffisamment prise en compte. Or, les compétences parentales exigées des pères et mères sont différenciées dans les faits.
    Ainsi, les pratiques d’intervention cautionnent, voire renforcent, l’asymétrie des rôles entre les mères et les pères en s’adressant implicitement surtout aux mères. Les dispositifs s’adressent de manière indifférenciée au couple parental, mais ce sont les mères qui se mobilisent principalement, même après une séparation où encore très majoritairement elles ont la garde des enfants. L’idéologie de la « maternité intensive », c’est-à-dire de la disponibilité des mères, contraint profondément les femmes. Les pratiques et les discours conduisent à désigner les mères comme les principales responsables des « défaillances parentales », particulièrement en protection de l’enfance où elles sont dépendantes des services sociaux, vulnérables du fait de leur pauvreté ou de leur isolement (famille monoparentale).
    Pourtant, le rôle paternel s’est fortement modifié depuis quelques décennies, probablement plus que celui des mères. La quasi absence des pères dans les dispositifs invite à questionner la mise en oeuvre de la coparentalité. Cette dernière est plutôt promue par les professionnel.le.s concrètement au moment de la séparation, et après, avec comme enjeu et objet de débat la place des pères séparés et divorcés dans la vie de leurs enfants.
    La différence culturelle, quant à elle, est diversement vécue selon l’histoire migratoire. Une première différence est portée par des migrants ayant appris les rôles parentaux dans des milieux ruraux ou urbains dans le pays d’origine. La parentalité est également différenciée selon que les enfants d’immigrés sont éduqués en situation migratoire ou en France. L’impact du projet migratoire lui-même est aussi à prendre en compte ainsi que son évolution. La parentalité n’est pas envisagée de façon identique selon que la présence en France est limitée dans le temps et conclue par un retour au pays ou qu’elle se transforme en sédentarisation.
    La réduction à la famille nucléaire, sans les soutiens et ressources de la famille élargie, distingue encore plus fortement les primo-migrants et leurs enfants des familles non migrantes, ainsi que leur présence principalement dans les quartiers d’habitat social qui peut renforcer un entre-soi.
    Les éléments majeurs qui caractérisent la « différence culturelle » sont les rapports d’autorité intergénérationnelle (forte hiérarchie parents-enfants) et une distribution très sexuée des tâches. L’injonction au dialogue parents-enfants ne va pas sans difficultés dans ces familles, et peut impliquer une relative déligitimation des parents. La sédentarisation des familles immigrées conduit à des transformations des rôles des parents. L’image du père peut être dévalorisée en lien avec ses éventuelles difficultés à subvenir aux besoins de ses enfants ou à sa faible présence au foyer. A contrario, les mères ont investi la sociabilité locale du quartier et ont acquis une nouvelle position d’interface.

 

  • Des pistes pour la recherche
    Des travaux sur les attentes des parents à l’égard de ces dispositifs sont encore peu nombreux et mériteraient de davantage différencier les mères des pères. Il conviendrait également, alors que nombre de travaux ont montré le poids des normes pesant sur les familles issues des classes défavorisées, de s’intéresser aux demandes spécifiques de ces familles. Il serait également utile d’essayer de mettre en lumière des facteurs qui concourraient à une demande plus forte – ou différenciée (implication dans le temps par exemple) – d’accompagnement à la parentalité par certains parents. Plus globalement des travaux sur les représentations de la parentalité dans les différents médias mériteraient d’être poursuivis.
    Le champ des professionnels de la petite enfance, leur formation et leurs pratiques tendent à se développer. Des travaux ont montré que les propos tenus par les professionnel-le-s manifestent une adhésion forte aux théories du développement de l’enfant. Ne conviendrait-il pas d’étendre le champ de réflexion plus largement aux professionnel-le-s du soutien à la parentalité ? Qui sont-ils et sur quelles références oeuvrent-ils auprès des parents ? Quels sont les types d’interventions proposées et sur quels liens parents-enfants interviennent-ils ?
    Des travaux plus approfondis sur la question de la communication parents-adolescents mériteraient assurément d’être réalisés. Il semble nécessaire de dépasser le seul constat d’une moindre communication des adolescents en France avec leurs parents pour tenter de mettre en lumière les raisons, éventuellement culturelles, de cet écart, mais surtout les effets sur le bien-être de ces enfants et adolescents. Il semble également nécessaire de mener une réflexion critique et approfondie sur ce que recouvre cette notion de bien-être quand on l’applique à l’enfant, et surtout sur son évaluation. Quels pourraient être les indicateurs du bien-être chez l’enfant et l’adolescent ? Quel poids donner aux indicateurs subjectifs ?
  • -Des travaux d’analyses sur la nature des différentes tâches de parentage, ainsi que les modalités de leur délégation auprès de différents acteurs et actrices, de différentes instances qui toutes contribuent au soutien à la parentalité, pour saisir les modalités genrées d’investissement de la parentalité. Les initiatives visant les pères existent. L’observation de leur fonctionnement mériterait là aussi attention. Concernant l’interculturel les travaux analysant les questions de parentalité sont peu nombreux et le champ mériterait assurément d’être davantage investi.

 

  • Des pistes pour l’action publique.
  • -Le soutien à la parentalité permet d’ouvrir les politiques de la famille sur les adolescents et les jeunes. Il pourrait être intéressant de voir dans quelle mesure ces interactions parents- jeunes sont susceptibles de permettre d’envisager l’évolution du rôle des acteurs de la politique familiale sur l’accompagnement des transitions (transitions familiales – du bi au monoparental et du beau-parental – ; mais aussi transitions vers l’âge adulte).
  • – Il conviendrait de tenir compte le mieux possible de l’étendue des variables extra-familiales dans la fabrique des problèmes sociaux contemporains, pour éviter cette « défausse » des responsabilités publiques sur les responsabilités privées, ce blâme qui pourrait facilement s’organiser dénonçant l’incompétence ou l’irresponsabilité parentales.
  • – Il s’agit d’une politique qui se veut universelle s’adressant à la diversité des familles ce qui contribue à complexifier les objectifs. De fait, nombre d’interventions portent plutôt sur des familles traversant des situations particulières (séparation) ou dites « vulnérables » (monoparents, immigration…). Il y aurait peut-être lieu d’identifier ce qui relève de dispositifs réellement universels (Reaap, Laep…) et de ce qui est plutôt spécifique à des familles cibles.
  • – Le désengagement de l’Etat est une difficulté pour instiller une réelle dynamique et cohérence, notamment la disparition d’un pilotage national avec le Conseil national du soutien à la parentalité.
  • – Il conviendrait de prendre la mesure du réel travail éducatif et de soin autour de l’enfant, et des inégalités sur lesquelles il est construit. Doit-on promouvoir au sein de ces dispositifs l’idée d’égalité des sexes de façon plus appuyée ? Si oui, cela nécessiterait des modules de sensibilisation dans les formations et à destination des professionnel.le.s.
  • – La question de la manière de s’adresser aux pères et de les mobiliser dans une coparentalité réelle au-delà de la seule situation de l’après séparation demeure prégnante. La promotion de dispositifs spécifiques à destination des pères est à promouvoir plus globalement ce que propose la note stratégique. Toutefois, il faudrait bien s’assurer que cela ne vise pas que les pères après la séparation.
  • – La question de la prise en compte de l’interculturalité est délicate pour éviter le risque de stigmatisation. Néanmoins, il apparaît que les professionnels ne sont pas forcément outillés pour y répondre. Il conviendrait là aussi d’envisager des actions spécifiques à destination des professionnel.le.s sur ces questions.
2017-07-10T13:30:45+02:00

Rapport du groupe de travail sur la parentalité : accompagner les parents dans leur travail éducatif et de soins

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